caton

Matilde Asensi
Titre original El Ultimo Caton (2001)
Traduit de l'espagnol par Carole d'Yvoire
Editeurs Plon - 04/2006, France Loisirs - 04/2007

Parution en format poche chez Gallimard (Folio Policier) en Mai 2008

L'histoire se déroule alors que Jean-Paul II, très affaibli et fatigué, tarde à abandonner sa charge... Rumeurs, intrigues, pressions politiques, tel est le climat au Vatican où travaille la narratrice.
Ottavia Salina, paléographe ( La paléographie - du grec palaios, « ancien » et graphein, « écrire » - est l'étude des écritures et abréviations manuscrites anciennes, indépendamment de la langue utilisée ), est une religieuse ambitieuse, d'un caractère "bien trempé", n'ayant habituellement pas peur de dire ce qu'elle pense, âgée d'une quarantaine d'année.
Elle travaille depuis huit ans dans un petit laboratoire de  "l'Hypogée", ( la section invisible des Archives secrètes du Vatican interdite aux laïcs) sommairement meublé, et n'est pas spécialement appréciée par ses assistants.
Membre d'une nombreuse famille sicilienne, dont elle n'a aucune idée des activités mafieuses, elle a huit frères et soeurs dont deux soeurs religieuges comme elle, et un frère Pierantonio, "custode de Terre Sainte" à Jerusalem.
Depuis qu'elle est à la tête du service de restauration et de paléographie des Archives, elle n'a jamais été convoquée, comme aujourd'hui, par le révérend père Ramondino, numéro deux de la haute autorité des Archives, pour une affaire "de la plus haute importance".
Persuadée n'avoir fait aucune erreur dans son travail méritant une pareille convocation, c'est avec apréhension qu'elle obtempère et suit son guide, qui la conduit à la Secrétairerie d'Etat, service qui n'a rien à voir avec ses propres activités aux Archives.
Elle se retrouve la seule femme dans une assemblée de prélats, son ordre ayant abandonné l'habit, elle est vêtue en civil, ce qui semble choquer les ecclésiastiques devant lesquels soeur Ottavia est présentée comme une érudite, chargée de diplômes et de prix académiques, spécialiste de l'histoire de l'art.
On lui demande de travailler sur une étrange affaire: les photos prises lors de l'autopsie d'un éthiopien mort lors d'un crash et soupçonné de grave atteinte à la Chrétienté.
On lui précise qu'elle travaillera sous les ordres du capitaine Kaspar Glaüster-Röist, géant blond membre de la garde suisse, et agent secret de Sa Sainteté.
Bien entendu, le secret le plus absolu est de rigueur et on lui signifie qu'elle n'en saura pas plus, et qu'elle ne doit pas chercher, surtout, à en savoir plus!
Elle accepte la mission comme un défi bien qu'elle éprouve immédiatement une antipathie qui semble réciproque pour le capitaine.
Ils déchiffreront ainsi sur le corps des scarifications représentant sept lettres grecques, sept croix distinctes, formant un mot: "stravos"... ainsi qu'un lien avec le monastère orthodoxe de Ste Catherine, dans le Sinaï. Le capitaine, estimant leur mission achevée, lui signifie la fin de leur collaboration, mais Ottavia a désobéi aux ordres et a réussi à en apprendre un peu plus, grâce à l'aide de son neveu féru d'Internet: l'éthiopien se nomme Abi-Ruj Iyasus, et est soupçonné de vol de reliques de la Sainte Croix. 
Elle se révolte devant cette éviction et ne peut s'empêcher de se vanter de ses découvertes et de ses déductions, voulant prouver son intelligence et ses compétences pour la suite de l'enquête, car il s'agit bien d'une enquête:
- Retrouver les fragments de la Sainte Croix, dont les vols se perpétuent à une vistesse vertigineuse, empêcher que d'autres vols se produisent, et arrêter les coupables.
Sa punition ne se fait pas attendre: elle se voit refuser l'accès à son propre service, le Vatican ayant décidé de mettre un point final à son contrat de travail et à 8 années de recherches!
Elle est désormais affectée dans une province d'Irlande, chargée des archives et des bibliothèques des monastères de la région...
Mais voilà qu'à son arrivée à l'aéroport de Dublin, on la remet dans l'avion sans explication, pour effectuer le trajet en sens inverse... On la conduit au Vatican, où l'attendent le cardinal Colli, Monseigneur Tournier, le capitaine Kaspar Glaüster-Röist, et un inconnu timide, le professeur Farag Boswell, un copte catholique, égyptien de mère italiene et de père anglais, polyglotte, et archéologue. On lui présente un paquet: un manuscrit volé par le professeur à Sinaï, comportant les sept croix, le chrisme et le mot "stravos  .Ils l'appelleront "le manuscrit Iyasus en référence à l'Ethiopien.
Sa Sainteté et le Vatican, espérant se servir de la résolution de l'énigme du vol des reliques pour réaliser "l'union de tous les chrétiens" et réconcilier toutes les églises, on ne lui cache pas l'enjeu de leur mission.

Leur première tâche consistera à rendre le manuscrit lisible, c'est ainsi qu'ils découvriront une étrange confrérie, fondée en l'an 341 de notre ère, les stavrophilakes, qui se sont nommés gardiens de la Sainte Croix et dont les supérieurs, élus, se nomment Caton. Curieusement, ce nom est cité dans La Divine comédie, de Dante et plus précisément, dans son " Purgatoire ", consacré aux sept péchés capitaux...

Et c'est ainsi que commencent ses aventures, en compagnie du Roc, dont elle ne percera jamais le mystère, de Farag pour qui elle éprouvera une sympathie réciproque.
De Rome à Jérusalem en passant par Alexandrie, Athènes, Constantinople et Ravenne, avec le texte de Dante comme guide, ils encourront maints dangers et devront franchir 7 épreuves correspondant aux 7 pêchers capitaux avant d'espérer pouvoir arrêter les stavrophilakes au Paradeisos, Paradis Terrestre où ils ont caché la Croix.

Si le prétexte est bien de résoudre l'énigme d'un vol de reliques, il s'agit également d'un roman d'aventures très bien écrit, palpitant, une quête digne des meilleurs jeux de rôles, et truffé de références historiques.


matilde_asensi



Matilde Asensi, née à Alicante en 1962, a étudié le journalisme à l’université de Barcelone. Auteur de plusieurs romans, elle collectionne les prix et les nominations pour ses best-sellers qui rencontrent un public fidèle et nombreux en Espagne, où elle est considérée comme un « Arturo Perez Reverte » féminin.

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Pour aller un peu plus loin:

La Vraie Croix, dite également Sainte Croix, est la croix sur laquelle Jésus-Christ aurait été crucifié, découverte selon la légende, par sainte Hélène, la mère de l'empereur Constantin, lors d’un pèlerinage en Palestine entrepris en 326. Elle est devenue à partir du IVe siècle une des principales reliques de la chrétienté, faisant l'objet d'un culte particulier.
Dans le calendrier du rite de l'Église de Jérusalem, attesté dès le début du Ve s., la fête de l'invention (découverte) de la Croix est datée du 7 mai. L'Exaltation de la Croix le 14 septembre, en partie empruntée à la liturgie du Vendredi Saint, est aussi attestée dès cette époque.
L'historien Sozomène (début du Ve siècle) et d’autres auteurs comme Théodoret de Cyr (même époque) précisent que les reliques furent partagées entre plusieurs églises du monde chrétien, tout particulièrement Rome et Constantinople.
Au cours du VIe siècle, Rufin d'Aquilée rapporte les circonstances de la découverte dans un récit :
« Hélène vint à Jérusalem, inspirée par Dieu. Un signe céleste lui indiqua le lieu qu’elle devait creuser. Elle en retira trois croix, celle du Christ et celles des deux larrons. Hélène demeura perplexe car comment reconnaître parmi elles le bois sur lequel Jésus avait subi sa douloureuse agonie ? Macaire, l’évêque de Jérusalem, qui assistait l’impératrice dans ses recherches, demanda qu’on amenât sur une civière une femme mourante. Au contact de la première croix, la moribonde demeura insensible : la seconde croix elle aussi, ne produisit aucun effet, mais à peine la femme eut-elle touché la troisième qu’aussitôt elle se leva et se mit à marcher avec entrain et à louer Dieu. Ce miracle permit ainsi de distinguer la vraie croix. Hélène fit trois parts de cette croix, l’une destinée à Jérusalem, la seconde à Constantinople, la troisième à Rome. »

Découpé en plusieurs fragments ( abrités dans des reliquaires spécialement fabriqués portant le nom de staurothèques ) dispersés entre plusieurs sanctuaires chrétiens, en particulier Jérusalem et Constantinople, le bois de la Vraie Croix représente au Moyen Âge une relique très répandue.

En 1099 les croisés de Godefroy de Bouillon prennent Jérusalem. Le fragment de la Vraie Croix est réinstallé avec honneur dans la basilique du Saint-Sépulcre. Elle devient alors le symbole du royaume croisé de Jérusalem : les Croisés l'emmènent en effet au devant de l’ennemi à chaque bataille.
En 1187, Saladin met alors la main sur la Sainte Croix, que le roi Guy de Lusignan avait emportée avec lui au combat. Jérusalem tombe peu après aux mains de Saladin. 
Ce fragment de la Vraie Croix disparaît alors : l’histoire en perd désormais la trace, et il n’a jamais été retrouvé.
En 1203, une nouvelle croisade (la quatrième) est prêchée par le pape Innocent III dans le but de reprendre Jérusalem ; elle est cependant détournée vers Constantinople. La ville est prise d’assaut, les reliques de la chapelle palatine du Phare, dont le fragment de la Croix conservé à Constantinople, sont attribuées en partage à l’empereur Baudouin VI de Hainaut que les Croisés élisent parmi leurs chefs et placent à la tête du nouvel empire qu’ils fondent alors, l’« Empire latin de Constantinople ».

À la fin du Moyen Âge, le nombre d'églises prétendant posséder un fragment de la Vraie Croix était tel, en Occident comme en Orient, que le doute devient monnaie courante à mesure que la croyance dans les reliques décline. Jean Calvin écrit dans son Traité des reliques que l'ensemble des fragments pourrait aisément remplir un navire. Selon un adage célèbre, avec tout le bois de la croix, « on aurait pu chauffer Rome pendant un an » !
Source Wikipedia